Le système d'ascension

Chapitre 80 — La mission de l'inconnu



Le lendemain matin, Vaelor retourna à la Guilde royale.

La capitale était déjà pleinement éveillée, vibrante d’une activité presque écrasante. Le soleil venait à peine de franchir les toits des hautes bâtisses que déjà les rues étaient envahies par un flot continu de vie. Les pavés résonnaient sous les pas pressés des habitants, tandis que les odeurs de pain frais, de métal chauffé et d’épices matinales se mêlaient dans l’air encore frais de l’aube.

Les rues étaient remplies de marchands installant leurs étals à la hâte, de fonctionnaires pressés de rejoindre les bâtiments administratifs, et d’aventuriers encore marqués par leurs missions de la veille, qui se dirigeaient vers la Guilde ou les quartiers de repos. Les premières charrettes traversaient les grandes avenues en grinçant, chargées de marchandises destinées aux différents districts, tandis que les cloches des différents quartiers résonnaient en échos successifs, annonçant le début officiel de la journée.

Vaelor avançait tranquillement au milieu de cette agitation, son regard calme contrastant avec le tumulte environnant. Il ne se laissait pas bousculer par le flux des passants, se faufilant avec une aisance presque naturelle, comme s’il avait toujours appartenu à ce décor.

Depuis son entraînement avec Aldren, quelque chose avait changé dans sa manière de penser.

Il ne cherchait plus uniquement à devenir plus puissant.

Cette idée, autrefois centrale, n’était plus suffisante en elle-même. La force brute, l’amélioration constante de ses capacités, tout cela n’était désormais qu’un outil parmi d’autres.

Il cherchait à comprendre comment utiliser cette puissance.

Comment la diriger. Comment la contrôler. Et surtout, comment éviter qu’elle ne le contrôle lui-même.

Ses compétences continuaient de progresser, parfois de manière subtile, parfois de façon plus évidente, comme si son corps et son esprit commençaient enfin à s’accorder avec les capacités qu’il avait acquises.

Son corps commençait à s’adapter.

Ses mouvements étaient plus fluides, ses réflexes plus précis, et même sa perception du monde semblait légèrement plus affûtée, comme si ses sens gagnaient en profondeur.

Et son expérience accumulée dans le Réservoir lui donnait une marge de progression considérable.

Chaque combat, chaque exploration, chaque utilisation de ses compétences laissait une trace en lui, une sorte d’empreinte invisible qui s’ajoutait à son potentiel.

Pourtant...

Une question demeurait, persistante, presque silencieuse mais impossible à ignorer.

Quel genre d’aventurier voulait-il devenir ?

Un simple exécutant de missions ? Un explorateur cherchant les secrets du monde ? Ou quelque chose d’autre, encore indéfini, qui n’avait pas encore de nom ?

Il n'avait pas encore de réponse.

Mais peut-être que les prochaines missions l'aideraient à la trouver.

Lorsqu'il entra dans la Guilde, l'ambiance était déjà animée.

Le bâtiment principal résonnait de conversations croisées, de rires, de discussions tendues et de négociations rapides. L’odeur du bois ancien et du parchemin se mêlait à celle des encres et des équipements d’aventuriers.

Plusieurs groupes se tenaient devant le tableau des contrats, formant de petites foules organisées autour des missions les plus récentes.

Certains discutaient des récompenses, évaluant les risques et les gains avec une précision presque marchande.

D'autres négociaient la composition de leurs équipes, cherchant à équilibrer force, magie et compétences utilitaires pour maximiser leurs chances de réussite.

Vaelor s'approcha du panneau.

Il resta un instant immobile, observant l’ensemble des annonces comme on observe un champ de possibilités.

Puis il parcourut les différentes annonces.

Récolte.

Escorte.

Chasse.

Livraison.

Exploration.

Des missions ordinaires, répétitives pour la plupart des aventuriers expérimentés, mais essentielles au fonctionnement de la Guilde et de la capitale.

Il allait décrocher un contrat lorsque son regard fut attiré par un parchemin placé légèrement à l'écart.

Contrairement aux autres annonces, celui-ci ne comportait presque aucune information.

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Mission spéciale

Enquête discrète

Objectif :

Identifier une personne observée dans plusieurs quartiers de la capitale.

Lieu :

Quartiers marchands.

Anciens entrepôts.

Réseau souterrain.

Difficulté :

Inconnue.

Récompense :

Selon les informations obtenues.

Ne pas engager de combat sans nécessité.

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Vaelor resta immobile.

Il relut le contrat.

Une fois.

Puis une seconde.

Son regard s'arrêta sur les trois lieux mentionnés.

Les quartiers marchands.

Les anciens entrepôts.

Le réseau souterrain.

Cela ressemblait étrangement aux endroits liés aux anciennes structures impériales qu'il avait déjà visités.

Une coïncidence ?

Peut-être.

Mais Vaelor avait appris à ne pas ignorer les coïncidences.

Il décrocha le parchemin.

La réceptionniste le remarqua immédiatement.

Son expression changea légèrement.

— Cette mission ?

Vaelor hocha la tête.

— Oui.

Elle hésita.

— Tu es certain ?

— Pourquoi ?

La jeune femme regarda autour d'elle avant de répondre à voix basse.

— Parce qu'elle n'a pas été affichée pour tout le monde.

Vaelor fronça légèrement les sourcils.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Le responsable de la Guilde l'a fait préparer hier soir.

Elle marqua une courte pause.

— Il voulait qu'un aventurier expérimenté s'en charge.

Vaelor observa le contrat.

— Et pourtant, vous me le donnez.

La réceptionniste eut un petit sourire.

— C'est toi qui l'as pris.

Il resta silencieux.

Puis il replia le parchemin.

— Alors je vais simplement faire mon travail.

La première partie de la mission était simple.

Observer les quartiers marchands.

Vaelor passa plusieurs heures à circuler parmi les rues sans attirer l'attention.

Il s'arrêta devant différentes boutiques.

Observa les entrées.

Les ruelles secondaires.

Les mouvements des marchands.

Les gardes.

Les aventuriers.

Il ne cherchait pas quelqu'un au hasard.

Il cherchait une anomalie.

Une personne qui n'aurait rien à faire ici.

Une présence qui se déplacerait avec trop de prudence.

Ou au contraire...

Quelqu'un qui connaîtrait trop bien les lieux.

Vers le milieu de la journée, Vaelor aperçut enfin quelque chose.

Un homme vêtu d'une longue cape sombre sortit d'une boutique d'outils.

Il ne portait aucun insigne.

Aucune arme visible.

Il marcha tranquillement pendant quelques secondes.

Puis tourna dans une ruelle.

Vaelor le suivit du regard.

Son instinct se réveilla.

Il activa discrètement Pistage.

Une série d'empreintes apparut.

L'homme avait effectivement emprunté la ruelle.

Vaelor avança à son tour.

Mais lorsqu'il arriva au croisement...

L'homme avait disparu.

Il s'accroupit.

Les traces continuaient.

Puis s'arrêtaient devant un mur.

Vaelor fronça les sourcils.

Il observa la façade.

Aucune porte.

Aucune fenêtre.

Rien.

Il posa légèrement la main sur la pierre.

Puis activa Analyse.

────────────────────

Mur de pierre

État : Normal.

Structure :

Réaménagée.

Présence d'un espace creux derrière la surface.

────────────────────

Vaelor retira immédiatement sa main.

Un passage secret.

Il ne tenta pas de l'ouvrir.

Pas encore.

Il nota simplement l'emplacement.

Puis reprit sa mission.

Quelques heures plus tard, il se rendit aux anciens entrepôts.

Il avait déjà visité cette partie de la capitale.

Mais cette fois...

Il observa les lieux avec un autre regard.

Les bâtiments semblaient abandonnés.

Pourtant, plusieurs détails racontaient une histoire différente.

Des portes ouvertes récemment.

Des traces de roues.

Des caisses déplacées.

Et surtout...

Des empreintes.

Vaelor s'accroupit.

Pistage.

Plusieurs personnes étaient passées récemment.

Certaines portaient des bottes lourdes.

D'autres étaient plus légères.

Mais une série de traces attira son attention.

Celles de l'homme qu'il avait aperçu dans le quartier marchand.

Il reconnut immédiatement le motif.

La même profondeur.

Le même espacement.

La même semelle.

— Je t'ai retrouvé...

murmura-t-il.

Les traces se dirigeaient vers un entrepôt particulier.

Vaelor s'approcha.

La porte était fermée.

Mais le verrou avait récemment été manipulé.

Il activa Analyse.

────────────────────

Serrure

État : Fonctionnelle.

Dernière manipulation :

Récente.

────────────────────

Il posa la main sur la poignée.

Puis s'arrêta.

Il repensa à la consigne.

Ne pas engager de combat sans nécessité.

Il n'avait aucune raison de se précipiter.

Alors il recula.

Et attendit.

La nuit commençait à tomber lorsque la porte s’ouvrit.

L’homme sortit.

Seul.

Il portait cette fois un sac en cuir, serré contre son flanc comme s’il contenait quelque chose de précieux… ou de dangereux. Le cuir était usé, renforcé par des coutures anciennes, et chaque pas de l’homme semblait calculé, mesuré, comme s’il craignait d’être suivi.

Vaelor resta à distance.

Il s’adossa brièvement à un mur, laissant son regard se fondre dans l’ombre. Son souffle était calme, presque imperceptible. Puis il se mit en mouvement, glissant entre les zones d’obscurité avec une précision instinctive.

Il le suivit discrètement.

L’homme traversa deux rues.

Puis trois.

À chaque intersection, il ralentissait légèrement, observant autour de lui, mais sans jamais se retourner complètement. Il connaissait les lieux… ou il pensait les connaître assez pour ne pas être suivi.

Enfin, il disparut dans un ancien bâtiment administratif.

La façade était fissurée, les fenêtres partiellement condamnées, et l’enseigne au-dessus de l’entrée était à moitié effacée par le temps. Un lieu oublié, abandonné par les autorités… mais pas par tout le monde.

Vaelor s’approcha lentement.

Il activa Pistage.

Une légère sensation parcourut son esprit, comme si le monde devenait plus lisible, plus structuré. Les traces invisibles se dessinèrent dans son esprit : empreintes résiduelles, flux de mouvement, direction persistante.

Les traces continuaient sous terre.

Un accès souterrain.

Encore.

Il soupira.

— Évidemment...

Sa voix était basse, presque un murmure perdu dans l’air froid.

Vaelor descendit.

Les escaliers étaient étroits, taillés dans une pierre ancienne et irrégulière. Chaque marche semblait avoir été usée par des passages répétés, mais silencieux. L’humidité suintait des murs, laissant des gouttes lentes glisser le long des parois.

L’air devenait plus froid à chaque pas, plus dense aussi, comme si le monde de surface s’éloignait peu à peu.

Il avançait lentement, sans produire le moindre bruit.

Son regard balayait l’obscurité devant lui, attentif au moindre détail, au moindre changement dans le souffle du lieu. Ici, sous la ville, tout semblait attendre.

Plus il descendait...

Plus les traces devenaient nombreuses.

Il n'y avait pas seulement l'homme.

D'autres personnes utilisaient ce passage.

Vaelor s'arrêta.

Il observa les empreintes.

Puis les murs.

Une vieille gravure apparut sous la poussière.

Une étoile à huit branches.

Son regard se durcit.

Encore ce symbole.

Mais cette fois...

Il remarqua quelque chose d'autre.

Une deuxième marque avait été gravée juste à côté.

Une petite ligne verticale traversant l'étoile.

Il ne la connaissait pas.

Il activa Analyse.

La fenêtre apparut.

────────────────────

Symbole impérial

Classification :

Inconnue.

Fonction :

Indéterminée.

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Vaelor fronça les sourcils, son regard se durcissant dans l’obscurité humide des souterrains.

Même Analyse ne parvenait pas à identifier ce symbole. Il n’était rattaché à aucune langue connue, aucune structure magique répertoriée, comme s’il échappait volontairement à toute tentative de compréhension. Cette simple constatation suffisait à rendre l’endroit encore plus inquiétant.

Il continua néanmoins d’avancer, ses pas résonnant faiblement sur la pierre ancienne.

Quelques dizaines de mètres plus loin, les traces qu’il suivait s’interrompirent brutalement devant une porte massive, enfoncée dans la roche. Elle semblait ancienne, mais étrangement entretenue, comme si quelqu’un veillait encore à son état.

Vaelor s’immobilisa, dissimulé dans l’ombre.

Une voix résonna derrière la porte, basse, contrôlée.

— Tu es en retard.

Vaelor se figea instantanément.

Il reconnut immédiatement la voix de l’homme qu’il suivait depuis le début de la nuit.

Un silence bref suivit, puis une autre voix répondit, plus nerveuse, plus tendue.

— La Guilde commence à poser trop de questions.

Vaelor resta parfaitement immobile dans l’obscurité, retenant même sa respiration. Chaque mot confirmait ses soupçons, mais révélait aussi quelque chose de bien plus vaste qu’une simple activité clandestine.

Il comprenait désormais une chose essentielle.

Cette personne n’était pas seule. Ce n’était pas une simple exploration des anciennes structures oubliées de la capitale.

Il travaillait avec quelqu’un. Une organisation, ou au minimum un complice.

Et surtout… ils semblaient eux aussi avoir remarqué l’intérêt croissant de la Guilde.

Vaelor recula lentement, chaque mouvement calculé, parfaitement silencieux. Il ne devait pas se faire repérer. Pas maintenant.

Il avait déjà obtenu suffisamment d’informations pour le moment.

Mais alors qu’il s’apprêtait à repartir…

Une troisième voix s’éleva derrière la porte.

Plus grave.

Plus froide.

Plus lourde.

— Le problème n’est pas la Guilde.

Un silence immédiat suivit, plus pesant encore que les mots eux-mêmes.

Puis la voix reprit, lente, tranchante :

— Le problème…

C’est le garçon.

Vaelor se figea complètement.

Son cœur manqua un battement, puis s’accéléra brutalement.

Ils parlaient de lui.

Il resta parfaitement immobile, chaque muscle tendu, son esprit analysant déjà des dizaines de scénarios possibles, mais aucun ne lui plaisait.

Puis la première voix demanda, plus bas :

— Vaelor Asteran ?

Un court silence.

— Oui.

Une pause plus longue cette fois, presque réfléchie.

Puis la réponse tomba, froide :

— Il a déjà découvert trop de choses.

Un frisson glacé parcourut l’échine de Vaelor.

Ce n’était plus une simple observation. Ce n’était plus une coïncidence.

Il avait enfin obtenu la confirmation qu’il cherchait.

Il n’était pas simplement observé.

Il était devenu une cible.

Sans attendre une seconde de plus, il recula lentement dans l’obscurité, chaque pas parfaitement contrôlé, effaçant sa présence comme s’il n’avait jamais été là.

Puis il remonta vers la surface, en silence.

Une fois dehors, l’air frais de la capitale lui frappa le visage. Il inspira profondément, reprenant le contrôle de son rythme cardiaque.

Autour de lui, la ville continuait de vivre comme si de rien n’était.

Les lanternes diffusaient leur lumière chaude dans les rues pavées.

Les passants riaient, discutant de choses insignifiantes.

Les commerçants fermaient lentement leurs boutiques, fatigués mais sereins.

Personne ne semblait savoir ce qui se cachait sous leurs pieds.

Vaelor tourna lentement la tête, jetant un dernier regard vers le bâtiment dissimulé dans l’ombre.

Puis il murmura, presque pour lui-même :

— Alors…

Voyons ce que vous cherchez.

Son regard se durcit.

Et surtout…

Pourquoi avez-vous tellement peur que je le découvre ?


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